Oubliez-moi

“Oubliez-moi”, c’est le nom que j’ai donné à ma dernière aventure. Cette aventure, j’aimerais te la raconter aujourd’hui. Je suis partie cinq jours en Auvergne en mixant vélo et randonnée (parce que je sais pas faire des choix). L’objectif ? Ralentir et chercher un peu de calme.

Le topo de base

Au début, c’est un besoin d’évasion qui a motivé ce voyage. Le quotidien devenait trop rapide pour moi et il fallait que je prenne un peu de recul sur tout ce qui se passait. Être dehors, c’est ma thérapie.

Entre vélo et rando, mon coeur balançait. J’avais à la fois très envie de l’un et très envie de l’autre. Après environ une demi-seconde de réflexion, j’en ai conclu que rien ne m’empêchait de faire les deux. Ça ne regardait que moi, cette histoire.

Pourquoi l’Auvergne ?
Déjà parce que c’est proche de chez moi, donc facilement accessible en TER.
Mais aussi parce qu’à l’été 2021, je suis passée par l’Auvergne pendant mes vacances et j’avais en tête de randonner au Puy de Sancy. Mais c’était sans compter sur la pluie qui m’en a empêché pendant les trois jours où j’y étais.
J’ai donc traîné une bonne dose de frustration pendant presque seize mois.
Il était temps de remédier à ça.
Cap sur le Puy de Sancy !

L’avantage, avec l’Auvergne, c’est que c’est calme. Genre… Très calme !

Tu vois, paradoxalement c’est dans l’activité physique que je trouve le plus de calme et de sérénité. Comme si mon vélo était un temple qui me permet de me recentrer quand j’ai tendance à dévier. Il me permet de reprendre le contrôle.

Jour 1 : de Clermont-Ferrand au Mont-Dore en gravel

Après avoir croisé un peu par hasard mes parents à la gare à Lyon, j’ai pris un train pour Clermont-Ferrand, le point de départ de mon aventure.
Je trépigne d’impatience. J’ai les jambes qui me démangent. J’ai envie de rouler. J’ai besoin d’air.

Pour rejoindre le Mont-Dore où je devais passer la nuit, j’avais planifié une trace gravel sur Komoot. Au programme : 40 kilomètres, 1280m de D+.

On rentre dans le dur dès le départ. Pour sortir de Clermont, c’est l’enfer.
Des pentes à 10-12% m’ont fait perdre un temps précieux. Il était déjà quatorze heures trente et l’objectif était d’arriver avant la nuit.

Je me suis rapidement retrouvée sur des chemins, parfois avec un peu de caillasse, mais rien de dramatique.
J’étais loin de tout et pleinement heureuse, entre forêt et montagne.

Mais l’heure tournait. Le soleil a commencé à décliner. Tout de suite, le fun a pris ses jambes à son cou pour laisser place à l’angoisse.

Et si je n’arrive pas avant la nuit ?
Et si je reste bloquée au milieu de la forêt ?
Et si ma lumière me lâche ?
Et si…

Jusqu’à ce que ces “et si” se transforment en “je suis”.

Je suis dans le noir complet.
Je suis dans la forêt.
Je suis toute seule.

Et surtout, je suis mal équipée.

Mes lumières ne m’ont pas lâchée, mais c’était ma première sortie de nuit, donc le moment idéal pour me rendre compte que ce que j’avais s’apparentait plutôt à une veilleuse qu’une véritable lumière.

Les chemins que je prends deviennent de plus en plus escarpés. Il y a des cailloux partout. J’ai peur. Je finis par pleurer.

Malgré tout, je n’ai pas d’autre choix que d’avancer. J’alterne entre vélo et marche course à pied (j’avais peur, ok ?). Mes 5 derniers kilomètres me semblent interminables.

Je finis par sortir de cette forêt, par voir de la lumière et des maisons au loin. Je me pose cinq minutes sous le premier lampadaire que je trouve pour reprendre mes esprits.

J’arrive quelques minutes plus tard à mon Airbnb du soir et me commande une pizza et une bière locale bien méritées.

Jour 2 : randonnée au Puy de Sancy

Au programme ce jour : 17 kilomètres de randonnée pour voir le tant attendu Puy de Sancy. Mais avec tout le stress de la veille, je ne me sens pas du tout de faire ça.
A la place, je décide de partir sur un parcours de 6 kilomètres environ.

L’idée, c’est de prendre l’air, mais de me laisser du temps pour me remettre de mes émotions. Je me connais, je sais que j’ai besoin de souffler. Personne n’est là pour me rassurer, pour me dire que tout va bien, donc je dois prendre soin de moi comme le ferait quelqu’un d’autre.

Au final, j’ai mal calculé mon coup (comme souvent) : 6 kilomètres OK, mais le point de départ est à 2 kilomètres de là où je suis. Je fais tellement n’importe quoi que je finis par marcher 15 kilomètres.

Mais ça en vaut la peine parce que je vois enfin le Puy de Sancy !

Et je te le donne en mille : je suis déçue.
C’est con, hein ?

C’est beau, c’est grandiose, c’est fou, mais pas autant que ce que j’avais imaginé.

Jour 3 : rebelote

Troisième jour, je vais enfin faire LA rando que j’avais prévu et elle s’annonce dingue !
J’ai trouvé une trace sympa sur Komoot.
Au programme : 16,8 kilomètres, 990m de D+ et des vues à couper le souffle.
J’en attends beaucoup.

Cette fois-ci, je ne suis pas déçue. Youpi !

Je n’arrive même pas à trouver les mots justes pour te décrire la splendeur des paysages qui m’entourent. Je suis sur les crêtes, comme perchée au sommet du monde et j’ai une vue à 360° sur l’Auvergne.

J’en profite pour prendre mon petit-déjeuner et bouquiner un peu. C’est quand même pas tous les jours que je peux lire avec une telle vue en face de moi.

Sans déconner, c’est l’une des plus belles randos de toute ma vie !

Il n’y a qu’un point sur lequel je voudrais t’alerter, c’est la dégradation du sentier de randonnée. En gros, avec l’importante fréquentation estivale des crêtes du massif du Sancy, certains sentiers s’abîment. Des travaux de restauration sont en cours pour préserver cet espace hors du commun.

Mes conseils si tu t’aventures là-bas :

  • Ne quitte pas les sentiers balisés pour ne pas abîmer la nature autour
  • Fais attention à ne laisser aucune trace de ton passage
  • Si tu le peux, pars en période creuse plutôt qu’en plein été (en plus, il y aura moins de monde)

Jour 4 : du Mont-Dore à Brioude à vélo par la route

On arrive déjà au quatrième jour. Il est temps pour moi de remonter en selle.

J’ai trouvé une trace route sur Komoot qui s’annonce folle. 106 kilomètres, 1480m de D+, mais surtout 2070m de D-. J’adore grimper, hein, mais alors la descente, quel kiff !

Comme tu peux le voir, ma trace ne correspond pas à 100% à ce que je viens de te dire. Vas savoir pourquoi.

Ironie du sort : moi qui avais si peur du noir le premier jour, j’ai décidé ce matin-là de partir avant le lever du soleil. Rouler de nuit m’a même permis d’observer des biches de très près à l’orée d’un bois parce qu’elles ne m’avaient pas entendue arriver.

Je commence la journée avec l’ascension du col de la Croix St-Robert qui culmine à 1451 mètres. Sur la route, j’en prends plein la vue avec un lever du soleil incroyable.
Arrivée en haut, je fais une (très) courte pause parce qu’il fait vite froid à cause du vent.

Après ça, la journée n’est qu’un enchaînement de petites routes magnifiques. Ça monte un peu, ça descend beaucoup. Encore une fois, c’est tellement beau que je ne trouve pas les mots justes pour t’en parler, pour rendre justice à la féérie de l’Auvergne.
On dit bien qu’une image vaut mille mots, non ?

Les kilomètres défilent à vitesse grand V.
Sur ma route, je croise plus de vaches que de gens.

Je suis toute seule au milieu de rien.
Plus rien ne compte à part l’équipe que je forme avec Archibald.
C’est vraiment là que j’ai réussi à débrancher le cerveau, à faire le vide.

Seul petit bémol et non des moindres : on est lundi, au fin fond de nulle part, et je n’ai rien à manger (enfin si… Une pomme et un petit brownie). Je ne cesse de me répéter “allez, au prochain village, je m’arrête manger”. Mais le village n’arrive pas. Quand par hasard je croise un pâté de maisons, il n’y a que ça : des maisons. Rien à se mettre sous la dent.

Je finis par trouver un petit PMU où je m’arrête prendre un café. C’est déjà ça !

Je boucle donc mes 106 kilomètres à Brioude avec une pom’ potes et un brownie dans le ventre. J’ai hâte de manger mais je déchante vite : même en ville, je ne trouve RIEN. Je tourne en rond pendant près d’une demi-heure.

J’ai commencé à perdre espoir quand je suis tombée sur Violette et Manuel.

“T’es perdue ? C’est la troisième fois qu’on te voit passer depuis tout à l’heure.
– Non mais je cherche désespérément à manger et visiblement il n’y a pas grand chose d’ouvert ici…
– Ah oui, effectivement c’est pas la folie ici.
– …
– On allait rentrer manger avec ma copine, on t’invite ?”

Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à partager un plat de spaghettis avec deux inconnus dans leur salon.
C’était une grande première pour moi, d’être invitée comme ça, au détour d’une rue. C’était une expérience hyper déstabilisante mais qui fait drôlement chaud au cœur.
Au fil de notre discussion, j’ai appris qu’ils étaient eux aussi voyageurs à vélo et qu’ils rentraient de six mois d’aventure dans les Balkans d’où ils ont ramené leur petit toutou. Ca explique donc leur hospitalité hors du commun.
On a beaucoup parlé pendant notre (trop) court repas et j’ai découvert deux personnes incroyables, intéressantes, et avec plein d’histoires à raconter. J’adore les gens qui ont des histoires à me raconter.
Ils ont même fini par me dire que je pouvais dormir chez eux, si je le voulais.

Violette et Manuel, c’était encore une belle rencontre, aussi improbable qu’enrichissante.
Je crois que c’est ce que je préfère dans l’aventure. Les rencontres.

Jour 5 : de Brioude à Clermont-Ferrand en gravel

C’est déjà le dernier jour.
Après une bonne nuit de sommeil et un grand café, je reprends la route pour rentrer à Clermont. J’ai tellement peur de louper mon train que je pars très tôt, vers 7 heures.

Au programme : 69 kilomètres, un peu de route et un peu de chemin. La trace s’annonce chouette !

La sortie de Brioude n’est pas vraiment intéressante, comme à chaque fois qu’il faut sortir d’une ville. Je suis au bord d’une grande route, à me faire frôler par des voitures.

Mais très vite, cette route laisse place à des beaux chemins déserts. Je peux commencer à m’amuser !

J’alterne entre petites routes de campagne et petits chemins boueux (très boueux), c’est le pied total. Ça roule bien, j’avance vite. Je suis pleinement heureuse, même si le soleil n’est pas au rendez-vous.

A mi-parcours, vu que je suis très en avance, je décide de m’arrêter prendre un petit-déjeuner à Issoire. Je suis tombée sur le salon de thé Anne Meunier où j’ai pris mon meilleur petit-déjeuner. Adorable / 10 !

Une fois le ventre plein, je reprends la route sans arrêt direction la gare de Clermont. Je suis tellement bien niveau timing que je devrais pouvoir prendre le train 2 heures plus tôt que prévu !

Effectivement : j’arrive tellement en avance que je suis même en avance pour le train d’avant. Je finis par attendre deux heures à la gare et ça m’a permis de croiser Jean-Luc Mélenchon. Je te laisse faire ce que tu veux de cette info absolument inutile.

En conclusion ?

Cette petite aventure était dingue !
Déjà, elle a répondu au brief de base : j’ai su me faire oublier et le brouhaha de ma vie a su se faire oublier aussi.

Associer vélo et randonnée, c’était une idée géniale et ça m’a remplie de bonheur de pouvoir faire les deux. C’est bien, parce que c’est un peu moins monotone. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.

J’ai hâte de retourner en Auvergne parce que les paysages sont vraiment à couper le souffle. Je sens que je n’ai pas eu ma dose. Peut-être juste avec un peu de compagnie, la prochaine fois, parce que l’immensité me fait me sentir un peu seule parfois.

Bref, la boucle est bouclée.

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